DE LA LÉGITIMITÉ DES AMI(E)S
INTRODUCTION A LA DISCUSSION PAR LOUIS CORTOT
Chers Ami(e)s et Camarades,
II est évident à voir la composition des participants à cette session du Conseil National, parmi lesquels il y a un petit tiers de Résistants, que l'ANACR a connu une mutation : dans quasiment tous les départements, la relève des Résistants par des Ami(e)s de la Résistance dans l'animation des Comités départementaux de l'ANACR a déjà été assurée ou, à tout le moins, est - pour les quelques autres - en cours ; c'est là la conséquence inévitable des lois de la vie. Et si l'on ne peut que se féliciter que dans la génération des Résistants certaines et certains d'entre eux aient connu jusqu'à ces dernières années, voire même - pour un hélas moins grand nombre - jusqu'à nos jours, un tonus leur ayant permis de pouvoir, selon leurs possibilités, selon leurs forces, continuer à apporter leur concours au fonctionnement de notre Association, à ses activités, à son combat, il est évident que cela ne peut se perpétuer indéfiniment.
Notre Association ne fonctionne pas en autarcie, elle est ouverte vers l'extérieur, elle doit se tourner vers l'extérieur et, par là-même, elle est en contact avec les Pouvoirs publics, les administrations, les Associations du Monde combattant, elle participe à des commissions officielles, à des cérémonies, elle intervient par des témoignages dans les établissements scolaires, elle est parfois sollicitée pour participer à des émissions, pour donner des interviews...
Or, dans tous ces domaines aussi, la relève des Résistants par les Ami(e) doit se faire, si l'on ne veut pas que la voix de la Résistance s'éteigne, sinon à court du moins à moyen terme, avec la maladie et la disparition des derniers Résistants.
Or cette nécessaire relève rencontre dans ces domaines des difficultés, des obstacles. Ces organismes et structures extérieurs à l'ANACR posent parfois - sinon souvent - la question de la légitimité de celles et ceux qui n'ont pas été Résistants pour parler de la Résistance ; des exceptions étant cependant faites pour des historiens spécialisés. Au sein même de l'ANACR des sentiments de cet ordre se sont parfois exprimés ; de la part de Résistants ayant du mal à concevoir que d'autres qu'eux puissent parler de la Résistance mais aussi de la part d'Arni(e)s de la Résistance.
En effet, II y a dix à quinze ans, dans la phase de constitution et développement des groupes d'Ami(e)s de la Résistance, il y avait, dans les générations de celles et ceux que nous appelons les «Ami(e)s», un complexe assez répandu de ne pas avoir été une Résistante ou un Résistant ; et de manière tout aussi répandue s'exprimait une interrogation quant à la légitimité des «Ami(e)s de la Résistance» pour parler de la Résistance. Avec une difficulté à concevoir ce que pourrait être la poursuite du combat de l'ANACR sans Résistants en son sein, sans Résistants en assumant la direction. Cela partait de bons sentiments mais, ignorer les évolutions inévitables, s'inscrire dans cette démarche, dans cette perspective, condamnait l'ANACR à subir à terme le sort qui allait être - et a été, nous le savons depuis - celui de la Confédération Nationale des Combattante Volontaires de la Résistance (CNCVR), de l'ANCVR et d'autres associations d'anciens Résistants, à savoir la dissolution.
Pour ce qui est du complexe de ne pas avoir été Résistante ou Résistant, il est évidemment totalement injustifié pour qui est né par exemple après 1930, et qui avait tout au plus 13 ou 14 ans à la Libération, et encore plus évidemment pour qui est né après 1944-1945 ; ce qui est le cas aujourd'hui de la très grande majorité des «Ami(e)s de la Résistance». Pour être en mesure de pouvoir faire le choix de rejoindre la Résistance - ceux qui l'ont fait les honore personnellement et au regard de l'Histoire, car ce n'était pas facile et les risques personnels et familiaux étaient énormes - encore fallait-il être né ou ne pas être à la maternelle en 1940 ! Donc, non ! Les Ami(e)s de la Résistance n'ont aucun complexe à avoir de ne pas avoir été Résistantes et Résistants, pas plus que les Résistant(e)s n'ont de complexe à avoir de ne pas - par exemple - avoir participé à la Commune de Paris ou à la prise de la Bastille... Qui d'ailleurs serait assez stupide pour le leur reprocher ? Personne d'intelligent. Alors ayons la même intelligence pour des événements plus contemporains, ceux auxquels nous avons participé !
Pour autant, il est aussi évident que les Résistantes et les Résistants sont, par rapport aux Ami(e)s et, quelles que soient les réflexions sur la notion de témoignage et sa place dans l'approche de la réalité historique, porteurs d'un vécu personnel d'engagement, d'une expérience du combat de la Résistance et d'une connaissance de l'époque - donc du contexte - irremplaçables. Ce qui veut dire que lorsqu'une Résistante ou un Résistant disparait, une dimension importante de la transmission contemporaine de la mémoire est affectée. Le constater ne peut cependant conduire à la conclusion que la transmission de la mémoire de la Résistance deviendra à terme impossible, ce qui serait dramatique au regard de sa nécessité dans le contexte du monde actuel.
La légitimité des «Ami(e)s» pour parler aujourd'hui et demain de la Résistance ne peut donc évidemment - du moins pour la plupart d'entre eux - découler de leur vécu personnel, mais de la connaissance acquise, parfois dans le milieu familial, douloureusement pour ce qui est des enfants de martyrs de la Résistance, ou au contact de Résistantes et Résistants, tout particulièrement auprès de ceux présents au sein de l'ANACR.
Soyons cependant attentifs aussi aux Ami(e)s de la Résistance qui avaient de 10 à 14 ans pendant l'Occupation et qui, sans en avoir - pour la plupart - pu être des acteurs, ont cependant été des témoins de l'époque, de son contexte sociétal, de ce que représentait et comment était ressentie l'occupation de notre pays, de ce qu'ont été les privations subies par la population, la répression menée par l'occupant et les services pétainistes (Milice, GMR...), des actions de la Résistance, de la Libération, de ses circonstances et de l'enthousiasme qu'elle suscita. En termes de témoignage vécu, ces Ami(e)s de la Résistance, de 75 à 85 ans en moyenne, sont potentiellement précieux pour des interventions dans les Lycées et collèges…
Outre ce qui a pu et peut se faire au sein du milieu familial et associatif de l'ANACR, l'acquisition de la connaissance de la Résistance, de ses combats et de ses valeurs peut être aussi obtenue par l'étude de ce qu'a été la réalité, notamment locale et régionale de la Résistance, avec le souci - pour un temps encore possible - de recueillir des témoignages audio et vidéo de celles et ceux qui ont été les acteurs ou les témoins du combat de la Résistance, d'utiliser les témoignages écrits laissés par les Résistants aujourd'hui disparus ; et aussi bien sûr de faire appel aux archives, en ayant conscience qu'elles sont à manier avec une extrême prudence, car bien peu sont «neutres», ce qui n'est évidemment pas le cas de celles émanant de l'administration pétainiste (rapports de préfets et sous-préfets, de gendarmerie, de commissaires de police...) ou de l'occupant. Quant aux archives de la Résistance, les conditions clandestines de sa lutte les rendent très souvent parcellaires, les règles de sécurité de l'époque conduisant à ne pas en constituer ou à en détruire. Ce travail d'acquisition et d'approfondissement des connaissances de la Résistance doit être conduit avec une rigueur à laquelle doivent être particulièrement attentifs les«Ami(e)s». Cette connaissance approfondie acquise est d'ailleurs la source de légitimité des historiens spécialisés pour parler de la Résistance, dont la parole et les écrits, comme ceux des témoins, comme les nôtres membres de
l'ANACR, doivent être toujours reçus avec un sens critique en éveil.
Nous devons aussi être présents et précis dans le domaine de la diffusion de la connaissance historique. Sur la Résistance mais aussi sur le fascisme ; car la connaissance historique authentique de ce qui s'est déroulé entre 1914 et 1945 en Europe est, par ses résonnances contemporaines, un enjeu du combat démocratique. D'autant plus que la crise multiforme que connaît notre société - et dont les incidents voire les affrontements qui régulièrement affectent les quartiers défavorisés de nos villes sont révélateurs de la profondeur - ne peut que susciter des inquiétudes, car se réveillent des menaces que l'on aurait pu croire disparues.
Ainsi, en nous appuyant sur les enseignements de l'Histoire, nous devons convaincre le plus grand nombre de la nécessité d'être vigilants contre toutes complaisances contemporaines - même «soft» - à l'égard des idéologies qui furent vaincues en 1945, complaisances qui pourraient de plus comme celles d'il y a trois quarts de siècle se révéler funestes.
Parfois moins provocatrice, plus insidieuse mais non moins néfaste est l'altération de la réalité de ce que fut la Résistance : en relativisant son rôle - notamment militaire - dans la libération de notre pays, en mettant en cause ou ignorant son caractère pluraliste, en hypertrophiant tel ou tel incident, en calomniant les Résistants. Et dans ce domaine aussi les Ami(e)s de la Résistance sont en combattant cette altération parfaitement légitimes,
d'autant plus s'ils ne se cantonnent pas à la légitime indignation, mais qu'ils la confortent par le rétablissement - preuves à l'appui - de la vérité historique. Ils trouveront même dans ce combat une source de renforcement de leur légitimité.
Les «Ami(e)s de la Résistance» aujourd'hui rassemblés dans l'ANACR ont peut-être une responsabilité particulière par rapport à celles et ceux qui les suivront, car ils ont pu et peuvent en effet encore côtoyer dans l'ANACR les porteurs de mémoire que sont les Résistants, et donc être au sens littéral du terme, ces «passeurs de mémoire» tels que les a définis il y a sept ans le congrès de l'ANACR à Grenoble, vigilants quant à ce qui se dit ou se dira, à ce qui s'écrit ou s'écrira sur la Résistance, rigoureux dans ce qu'ils diront et écriront eux-mêmes sur elle.
Cette connaissance de la Résistance, les «Ami(e)s de la Résistance» ont, ainsi que je l'ai dit précédemment, pu - et peuvent - l'acquérir par l'étude ou la recherche, mais aussi lors des témoignages des Résistant(e)s dans les établissements scolaires : car il est en effet plus que souhaitable que ceux-ci se fassent systématiquement accompagner par des «Ami(e)s». C'est aussi important, afin que les «Ami(e)s» connaissent quelles questions sont dans la tête des élèves et quelles réponses peut-on leur apporter, important aussi pour que les «Ami(e)s» se fassent connaître des enseignante et chefs d'établissement, et surtout se fassent accepter par eux ; ce qui sera facilité si l'Ami(e)s de la Résistance est porteur ou porteuse de connaissances approfondies sur la Résistance faisant qu'il y a profit pour l'enseignant à lui demander d'intervenir sur ce sujet dans l'établissement. Car les Ami(e)s auront à poursuivre ces interventions dans les lycées et collèges quand - hélas - les Résistant(e)s ne seront plus là ; ce ne sera pas toujours facile...
Quand cela sera le cas, la légitimité des «Ami(e)s de la Résistance», outre celle née de l'étude, de la connaissance de l'Histoire de la Résistance et de la compréhension du sens du combat des Résistant(e)s, découlera aussi, comme aujourd'hui d'ailleurs, de leur adhésion, de leur fidélité aux valeurs de la Résistance, dont les Résistants ne sont heureusement pas les propriétaires exclusifs mais qu'ils ont la volonté de léguer aux générations qui les suivent. Certaines de ces valeurs procèdent d'ailleurs des idéaux démocratiques et patriotiques de la Révolution française, de l'humanisme du XIXème siècle, des aspirations de solidarité qui se sont épanouies au début du XXème. Tous idéaux dont le Programme du CNR est directement inspiré.
Elle découlera encore de leur capacité à poursuivre le combat associatif de l'ANACR, dont l'une des conditions premières de sa pérennité sera le maintien vigilant de son caractère pluraliste..
Ainsi donc, pour conclure sur ce sujet, évoquer la légitimité des «Ami(e)s» pour parler de la Résistance en l'opposant à leur non-participation à la Résistance est une manière totalement fausse de poser le problème, car les sources de leur légitimité pour ce faire sont évidemment ailleurs.
Et puis, qui aurait osé dénier à Jean Moulin et à tant d'autres de ses compagnons de Résistance le droit de parler de la Révolution française et de la République, qui oserait le dénier par exemple à l'historien Michel Vovelle, spécialiste de renommée mondiale sur le sujet, le droit de le faire, au prétexte qu'ils n'ont participé ni l'un ni l'autre à la prise de la Bastille ?
Le problème n'est pas donc de savoir si l'on pourra parler de la Résistance dans 10, 15 ou 20 ans - bien sûr que l'on en parlera ! - mais celui de qui en parlera, «comment on en parlera» et à quelle fin. Il serait bon - il est et sera nécessaire - que l'ANACR, par les Ami(e)s de la Résistance, continue à faire entendre sa voix. Cela, c'est le cœur de notre mission, de votre mission Ami(e)s de la Résistance, ce qui doit être et devra être l'essentiel de l'activité de l'ANACR dans le présent et le futur.
C'est en la développant avec constance, ce qui pourra puissamment contribuer à la faire reconnaître en dehors de l'Association, que les Ami(e)s de la Résistance pourront surmonter les obstacles ou les réserves et réticences à leur égard qui existent et peuvent perdurer dans des administrations, collectivités publiques ou structures associatives, que ce soit lors de manifestations commémoratives, les relations avec les Pouvoirs publics ou dans les réunions et instances du monde combattant Mais ce sera un combat à mener.
Tant que les Résistants de l'ANACR seront là, ils seront - du moins la plupart d'entre eux, car quelque-uns n'arrivent pas à se faire à l'idée qu'il y aura un après eux, voire ne sont plus, oublieux du principal qu'est la pérennisation de la transmission de la mémoire, que soucieux de leur image ou de leur statut - aux côtés des Ami(e)s de la Résistance pour, notamment par le poids du prestige que la société et ses institutions leur reconnaît, conforter la légitimité des «Ami(e)s de la Résîstance(ANACR)» à être leurs continuateurs dans la poursuite de leur action pour faire connaître ce que fut le combat de la Résistance, ce que sont ses valeurs.
Voilà, Chers Ami(e)s et Camarades, quelques mots introductifs à notre discussion, car je ne doute pas que vous ayez à dire sur ce sujet...
A.N.A.C.R.
Association Nationale
des Anciens Combattants
et Ami(e)s de la Résistance
79, rue Saint-Biaise - 75020 PARIS
TEL: 01.44.64.80.60
FAX : 01.44.64.80.65
Association loi 1901 non assujettie
E-mail : anacresistance@wanadoo.fr
Site ; http://www.anacr.com
DECLARATION
HONORER DE MANIERE SPECIFIQUE LA MEMOIRE DES V1CTIMES DE CHAQUE CONFLIT
Le souvenir de près de 1 million et demi de tués, de millions de gazés, blessés et mutilés entre 1914 et 1918, de millions de veuves et d'orphelins, reste présent avec force chaque 11 novembre, lorsqu'autour des Monuments aux Morts où leurs noms sont gravés, la Nation, dans chaque ville et village de France, rend annuellement depuis 1922 hommage à leur sacrifice pour préserver l'indépendance et l'intégrité de notre pays.
L'ampleur inégalée du drame qu'a représenté pour la France la Première Guerre mondiale justifierait s'il en était besoin que soit gardée sa spécificité à la cérémonie du 11 novembre, sans que lui soit associée la mémoire des victimes d'autres conflits dans lesquels notre pays fut impliqué quand son indépendance et la liberté de son peuple furent à nouveau menacées, ou lorsqu'il fut confronté à ceux liés au processus mondial de décolonisation.
Tous eurent leur spécificité, tous s'accompagnèrent de lourds sacrifices arrachant des femmes et des hommes à l'affection des leurs, meurtrissant les corps et les âmes de nombre de ceux qui y survécurent, laissant dans la conscience des familles et de la Nation une empreinte indélébile.
Entre 1940 et 1945, dans notre pays asservi les combattants volontaires de la Résistance qui, s'étant dressés contre l'occupant nazi et ses complices pétainistes, sont morts sous la torture, fusillés, massacrés, au combat ou dans les camps nazis, de même que hors de nos frontières les Français Libres qui, ayant volontairement répondu à l'appel du 18 juin du Général de Gaulle, sont tombés sur les fronts d'Afrique, d'Asie, d'Europe, de l'Atlantique et du Pacifique, méritent que la mémoire non seulement de leur sacrifice mais aussi du sens du combat patriotique, démocratique, humaniste, antifasciste pour lequel ils ont donné leur vie soit honorée de manière spécifique.
C'est pourquoi l'ANACR ne saurait approuver l'idée de M. le Président de la République - qui dans son intervention n'a pas cité les Combattants de 39-45, les Résistants, les Déportés et les Français libres - d'honorer de manière indifférenciée, le 11 novembre, la mémoire de celles et ceux qui sont tombés durant tous les conflits dans lesquels la France a pu et peut se trouver impliquée; car cela aurait pour conséquence, par la confusion mémorielle qu'elle instaurerait, d'hypothéquer gravement la mémoire de chacun d'eux. Et, quelle que soit la précaution prise par le chef de l'Etat en affirmant qu'aucune commémoration ne sera supprimée, elle s'inscrit de fait dans la démarche de Journée unique du souvenir, condamnée par l'UFAC et la quasi-totalité des Associations du Monde Combattant.
Quant à la proposition d'inscrire sur les Monuments aux Morts les noms de tous les «Morts pour la France», elle comporte - par les critères larges d'attribution du titre il y a plus de six décennies - le risque de voir dans certains cas être aussi concernées par cette mesure des personnes ayant appartenu pendant l'Occupation aux organisations collaborationnistes et aux services criminellement répressifs du régime dit de l'Etat Français ; ce qui serait source de scandale et de trouble.
Un projet de loi doit être déposé par le Gouvernement pour donner une assise légale à la proposition de Monsieur le Président de la République, l'ANACR s'adressera à tous les Groupes parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat pour leur demander de ne pas le voter.
Paris, le 12 novembre 2011
LE PLURALISME DE L'ANACR
INTRODUCTION A LA DISCUSSION PAR LOUIS CORTOT
«L'Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance - ANACR» agit pour que soit honorée la mémoire des combattants de la Résistance, pour que soit reconnu le rôle de la Résistance dans la libération de la France, pour obtenir aux Résistant(e)s la reconnaissance officielle des services qu'ils ont accomplis dans la Résistance, elle défend leurs intérêts matériels et moraux, ainsi que ceux des Déporté(e)s et des familles des Résistant(e)s mort(e)s pour la France.
«Elle s'attache à perpétuer l'esprit de la Résistance en transmettant aux générations présentes et futures pour les leur faire partager les idéaux communs aux Résistant(e)s, exprimés en premier lieu dans le Programme du Conseil National de la Résistance.
«Elle a également pour but de faire connaître et ancrer dans la mémoire collective du Peuple français l'histoire de la Résistance sur le sol national et dans les territoires qui furent sous souveraineté française, les actions héroïques ainsi que l'esprit démocratique, humaniste, patriotique et d'abnégation des Résistant(e)s et des Français libres, d'affirmer la solidarité de combat qui a uni dans la lutte commune les Résistants de tous les pays subissant le joug du fascisme et du nazisme.
«Elle lutte contre les idéologies d'inspirations fascistes, le négationnisme, la xénophobie et tous les racismes, elle se prononce pour la sécurité des personnes et des Etats, le respect des identités nationales, la fraternité entre les peuples, l'épanouissement des libertés, pour la défense des Droits de l'Homme et de la paix...
«L'Association entend maintenir la fidélité à l'esprit de la Résistance en agissant avec tous les anciens Résistants et leurs organisations, avec les autres anciens combattants, et avec tous ceux qui souhaitent se joindre à eux pour défendre l'honneur de la Résistance et des Combattants, pour que la France ne redevienne
pas une terre de servitude et qu'elle ne porte jamais atteinte à la liberté d'aucun peuple, pour la préserver ainsi que les autres pays des destructions et des souffrances d'une nouvelle guerre.»
Ce préambule des statuts de l'ANACR en définit la mission : faire connaître et ancrer dans la mémoire collective de la nation l'histoire de la Résistance et la compréhension de son rôle historique, la transmission de ses valeurs, la lutte contre les idéologies d'inspirations fascistes, la xénophobie et le racisme qui les accompagnent, contre le négationnisme, contribuer à préserver la paix.
Et pour mener à bien cette mission, pour mener à bien ce combat, l'ANACR, précise l'article 1er de ses statuts, «rassemble de manière pluraliste, sans distinction politique, philosophique ou religieuse, toutes celles et tous ceux qui (...) veulent que soient reconnus le rôle de la Résistance et l'action des Résistants pour libérer la France et y restaurer les libertés républicaines et la démocratie, s'inspirent personnellement des valeurs humanistes, démocratiques et patriotiques de la Résistance et entendent les porter au cœur de la vie citoyenne de notre pays, combattent le négationnisme et toute résurgence des fascismes.»
C'est-à-dire des femmes et des hommes pouvant notamment se situer tant à gauche qu'à droite - ou au centre - du champ politique et social, voire se reconnaître éventuellement dans des formations politiques, syndicats et Associations qui le structurent. Mais femmes et hommes qui - et c'est d'évidence pour faire vivre le pluralisme de l'ANACR - savent mettre de côté ou dépasser leurs options personnelles politiques ou philosophiques particulières, afin de mener ensemble le combat de notre Association pour la transmission de la mémoire et contre les résurgences du fascisme.
Ce qui n'exclut pas que - dans d'autres lieux militants et d'expression, qui ne peuvent être des structures de l'ANACR - ils expriment des positions différentes : par exemple sur la vie politique nationale, sur les choix économiques et sociaux dans notre société, sur les formes d'institutions européennes, sur les différents conflits qui affectent la marche du monde.
Il faut savoir différencier les lieux de militantisme.
Cette question du pluralisme est en effet récurrente pour notre Association depuis sa fondation, et elle peut, de manière compréhensible, se poser avec plus de force au moment où s'accélère la disparition de celles et ceux qui vécurent dans la clandestinité, dans les maquis, le pluralisme de la Résistance, que symbolise la composition du Conseil National de la Résistance.
L'arrivée régulière - et c'est plus qu'heureux - au sein de notre Association de nouveaux membres des générations les plus contemporaines, n'ayant naturellement ni l'expérience de son action depuis près de soixante ans ni n'étant porteurs de sa réflexion collective sur le sujet telle que celle qu'ont développé et affiné les Ami(e)s de la Résistance avec le soutien et dans le cadre de l'ANACR, repose en effet en permanence le problème du respect du pluralisme en son sein, dans sa pratique concrète et non comme une simple formule convenue.
Cela d'autant plus que la crise des formations politiques, qui n'offrent plus - ou bien moins - qu'il y a 30 ou 40 ans des cadres d'expression politique différenciés répondant de manière adéquate à un besoin d'engagement, que la crise multiforme de nos sociétés, que la personnalité de l'actuel chef de l'Etat en France et son exercice du pouvoir radicalisant, que la politique suivie remettant en cause - ou plus exactement poursuivant et accélérant - les remises en cause de mesures issues du Programme du CNR, ainsi que les crises politiques, économiques, sociales, militaires qui affectent le monde et les relations internationales, créent un contexte qui amène un certain nombre de nos adhérents, en l'absence pour eux d'autre lieu d'engagement militant, à transférer spontanément sur l'ANACR un besoin compréhensible d'engagement politique spécifique de leur part. Or ce n'est ni la nature ni le rôle de l'ANACR que de leur offrir ce cadre.
Pour être honnêtes, nous devons dire que les risques de glissement par rapport au pluralisme de l'ANACR ne sont pas le «privilège» - si je puis dire - des nouveaux «Amis de la Résistance». N'en sont pas exempts en effet certains Résistants qui, constatant d'évidence que leurs espérances de la Libération n'ont pas été concrétisées ou, l'ayant en partie été, sont aujourd'hui battues en brèche, qui, souvent orphelins d'engagements politiques ou sociaux passés les ayant déçus, sont tentés, eux aussi, de transférer dans l'ANACR ces déceptions et, de facto, par substitution, ces engagements ; alors qu'elle ne peut, qu'elle ne doit en être le cadre, car - je le redis - ce n'est ni sa nature ni son rôle.
Les Résistants sont aussi des citoyens : comme tels, ils ont le droit, comme tous, de s'exprimer sur les événements politiques et sociaux du moment, ils ont le droit bien sûr de dire, s'ils le pensent, que leur expression personnelle dans ces domaines s'inspire aujourd'hui - ou est pour eux la continuation - de leur engagement dans la Résistance. Innombrables depuis près de soixante-dix ans sont d'ailleurs ceux qui l'ont fait, que ce soit pour exprimer des positions politiques de gauche, du centre ou de droite ; car les Résistants étaient de toutes ces sensibilités ; sans parler de leurs évolutions politiques ayant pu intervenir depuis la Libération.
A chaque élection présidentielle, du début des années soixante à la fin des années quatre-vingt-dix, se sont multipliés les appels de Résistants à voter de Gaulle, Lecanuet, Mitterrand, Pompidou, Duclos, Giscard, Marchais, Chirac, Lajoinie, etc. ; il y eut même - totale aberration - un appel d'une quarantaine de Résistants, CVR, médaillés de la Résistance et trois Compagnons de la Libération à voter... Le Pen ! Tous ces appels, qui traduisent la grande diversité d'opinions politiques des Résistants, avaient pour but de labelliser «Résistance» et de crédibiliser des options politiques contemporaines, en l'occurrence contradictoires.
L'ANACR, de par son pluralisme - et parce que ce n'est pas sa nature - ne s'est jamais prêtée à cela, en faveur de qui que ce soit, et ne saurait s'y prêter ; alors que les sollicitations de le faire ne manquent pas, car certains, dans le champ des organisations politiques ou syndicales, ne seraient pas mécontents d'avoir sa caution, de pouvoir s'en réclamer.
Nous sommes contre l'instrumentalisation de la Résistance au service d'options politiques ou sociales contemporaines, pouvant être d'ailleurs - dans leur diversité - parfaitement légitimes et avec lesquelles nombre de nos adhérents peuvent se sentir personnellement en phase, au sein de l'ANACR ce n'est pas la question, et dont l'éventuelle pertinence ne réside pas dans le fait que c'est tel ou tel résistant - fut-il prestigieux - qui les exprime ; mais, comme pour toutes autres, dans leur cohérence interne et leur adéquation aux problèmes de notre temps.
Or cela, c'est à chacun de nous de l'apprécier, personnellement. Et si d'aventure, dans l'un de nos comités locaux - a fortiori départementaux - nos adhérents se reconnaissaient tous dans l'une ou l'autre de ces options démocratiques différenciées, qu'elles soient exprimées ou non par des Résistants, ce n'est pas pour autant que ce pourrait être l'opinion - et encore bien moins l'expression publique - du Comité local ou départemental de l'ANACR en tant que tel ; lequel, de plus, je le rappelle, n'aurait statutairement pas qualité - fut-ce même souhaité par une volonté majoritaire en son sein - pour le faire.
Et puis, cela révélerait une réalité très négative, à savoir que nos adhérents dans ce comité ne seraient - de par le filtre d'une expression politique particulière affirmée - recrutés que dans un secteur précis de l'opinion publique, à l'exclusion de tout autre. C'est-à-dire que l'ANACR... ne serait pas l'ANACR ; ce qui nécessiterait évidemment de prendre d'urgence des mesures pour qu'elle le redevienne.
Il nous faut être aussi vigilants contre des glissements sémantiques qui, quels qu'en soient leurs auteurs - y compris anciens Résistants - aux meilleures intentions, peuvent avoir pour effet, en télescopant des périodes historiques totalement différentes l'une de l'autre, des réalités différentes, de ne pas aider à avoir une vision claire de l'Histoire.
Chacun connaît la phrase célèbre de l'Appel du général de Gaulle : «la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre». Certains, à partir de cette phrase, ont voulu - et continuent à vouloir - faire du 18 juin le point de départ de la Résistance dans notre pays ; et ce au prix d'une altération de l'Appel du 18 juin tel que publié à Londres en 1940, et que l'on peut aussi consulter sur les sites des Fondations Charles-de-Gaulle et de la France Libre dans sa graphie authentique. L'altération consistant à mettre un «R» majuscule au mot résistance qui, dans l'Appel du 18 juin, n'est qu'un «r» minuscule. Or la Résistance avec un «R» majuscule, est un phénomène historique spécifique, qui est apparu et s'est développé entre 1940 et 1944 dans le contexte bien précis d'un pays occupé et pillé par les nazis, secondés par un régime de type fasciste développant une féroce politique répressive s'ajoutant à celle de l'occupant, un pays connaissant les persécutions antisémites, les fusillades, les déportations, où toute possibilité d'organisation et d'expression démocratique était totalement bannie.
Alors qu'incarnée par la France Libre et son chef, la résistance française - avec un «r» minuscule - aux forces de l'Axe s'est militairement poursuivie et développée après l'armistice de 1940 sur les fronts d'Afrique, d'Asie, d'Europe orientale, du Pacifique et de l'Atlantique. Les combattants français de Bir-Hakeim, résistant pendant des jours et des jours aux assauts germano-italiens commandés par Rommel, ont été d'héroïques combattants de la liberté, ils n'en ont pas pour autant été des Résistants avec un «R» majuscule, avec lesquels ils partageaient bien sûr un objectif commun, la libération de la France et la victoire sur le nazisme.
De la même manière, l'on ne saurait - c'est encore plus évident - faire de celles et ceux qui - ce n'est q'un exemple - luttent très légitimement aujourd'hui pour conserver leur emploi, pour résister aux fermetures d'entreprises et aux délocalisations qui en sont la cause, des Résistants avec un «R» majuscule. Les enjeux et les risques ne sont pas les mêmes, il y manque - heureusement - le contexte d'une occupation étrangère, d'un régime fasciste et d'une répression féroce - tragiquement meurtrière - les accompagnant.
Ce qui fait que l'expression «Résistants d'hier et aujourd'hui», pour être sympathique, n'est certainement pas la plus adéquate à notre réalité contemporaine, et surtout potentiellement génératrice d'incompréhension de réalités différentes, de confusion débouchant sur des propositions hasardeuses.
Ainsi l'on a pu voir, ici où là, des velléités de constituer un «nouveau CNR», d'«actualiser» le Programme du CNR de 1944, d'écrire un «nouveau Programme du CNR». Qui peut aujourd'hui raisonnablement penser pouvoir - comme ce fut le cas en 1943-1944 avec le CNR de Jean Moulin - réunir les actuels partis de gauche, du centre et de droite, avec tous les syndicats et des Associations - pour mettre au point un programme qui pourrait être accepté par tous comme le fut celui de 1944 ?
Ceux qui avancent cette idée de nouveau CNR, de nouveau Programme ou d'actualisation du Programme historique sont dans une démarche politique spécifique; parfaitement légitime puisque démocratique. Est beaucoup moins légitime la volonté de l'habiller des mots historiques de la Résistance, car si les deux démarches, celle du vrai CNR et la contemporaine, s'appuyant sur des valeurs démocratiques communes, ne sont pas radicalement antinomiques, elles n'en sont pas pour autant superposables ; quant à leurs contextes, ils sont radicalement différents.
De même est aussi beaucoup moins légitime l'utilisation - symétrique, car poursuivant en l'occurrence des objectifs politiques opposés participant du débat citoyen contemporain - par les uns et les autres des lieux symboliques de la Résistance.
Pour pouvoir mener à bien nos tâches en tant qu'ANACR, à savoir lutter contre le négationnisme, les falsifications de l'histoire et des valeurs de la Résistance, contre l'inquiétante montée de l'extrême-droite que pratiquement tous les scrutins européens de ces dernières années confirment, combattre les résurgences du fascisme, la xénophobie, le racisme, les atteintes aux libertés ou menaces d'atteinte aux libertés, que représentaient potentiellement la mise en place des tests ADN ou d'un fichier du type Edwige, nous devons aujourd'hui, dans l'esprit du pluralisme et de rassemblement de la Résistance, pouvoir rassembler des hommes et des femmes n'ayant - par exemple - pas eu la même position sur l'âge de départ à la retraite ; lequel n'est d'ailleurs pas précisé dans le Programme du CNR, pas plus que les durées, taux et mode de cotisation, leur définition faisant partie - à la Libération et depuis jusqu'à aujourd'hui - du débat citoyen dans le champ politique et social -. Des femmes et des hommes qui ont pu avoir des positions différentes sur la Constitution européenne en votant, oui non ou blanc, ou en s'abstenant, qui peuvent avoir des opinions différentes sur les questions internationales.
Si nous n'étions pas totalement fermes sur cette question du pluralisme, nous réduirions rapidement l'ANACR à une petite structure confinée dans une partie minoritaire du spectre politique, à laquelle elle n'apporterait rien de plus ; ce qui serait sans le moindre intérêt et surtout sans grande efficacité par rapport à ce qui doit être notre mission, à savoir transmettre la mémoire de ce que furent les combats des Résistants, les valeurs patriotiques, humanistes et démocratiques qui les motivèrent. Nous serions amenés - ce qui l'affaiblirait - à déserter notre secteur du front démocratique que définissent nos statuts.
Si durant son histoire l'ANACR a su et pu mener à la fois son action de défense des droits des Résistants conjointement à celle des valeurs de la Résistance, c'est précisément parce qu'elle a su en permanence prendre en compte son pluralisme, qui n'est pas une contrainte mais un atout de plus pour mener son combat dans l'esprit de ce que fut la Résistance.
Le pluralisme de l'ANACR ne peut être en débat mais à respecter sans tergiverser, car il fait partie de l'essence même de notre Association. L'on peut concevoir que le cadre d'action qu'il définit puisse être perçu par certains de nos adhérents comme trop limitatif par rapport à leur volonté personnelle d'engagement dans de nombreux domaines. Dans ce cas, ils ont deux options : soit joindre à leur militantisme dans l'ANACR un autre militantisme dans une autre structure, politique, syndicale ou associative, en veillant bien à ce qu'il n'y ait pas dans l'esprit du public de confusion possible, cela est particulièrement vrai pour celles et ceux qui acceptent d'exercer des fonctions de direction par là-même représentatives à la tête de nos comités départementaux ; soit alors choisir entre les deux militantismes.
Ce qui est exclu, au sens figuré comme au sens propre de la lettre de nos statuts, est d'utiliser l'ANACR pour l'instrumentaliser au service d'options politiques particulières.
Pour illustrer la manière dont depuis toujours l'ANACR aborde cette question du pluralisme, je vais prendre un exemple, qui mêle l'histoire et le contemporain : en mars 2009, le Président Sarkozy ayant décidé de faire réintégrer la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN, des camarades d'un département, faisant référence au Général de Gaulle et à sa politique d'indépendance nationale l'ayant conduit à décider le 15 mars 1966 la sortie de la France de ce commandement militaire atlantique, ont écrit à la Direction nationale pour solliciter une prise de position de l'ANACR à rencontre de l'initiative du Président Sarkozy.
Une remarque préliminaire : il y a le général de Gaulle, chef de la France Libre puis, à partir du soutien que lui a apporté le CNR lors de sa réunion constitutive le 27 mai 1943, de l'ensemble de ceux qui ont, de 1940 à 1945, lutté à l'intérieur et à l'extérieur de la France pour la libérer et abattre le nazisme, il y a le Général de Gaulle, homme politique et chef de gouvernement de la Libération, il y a le Général de Gaulle, homme politique de la Vème République, fondateur et chef du RPF, il y a enfin le Général de Gaulle, homme politique fondateur et président de la Vème République de 1958 à 1969. Reconnaître les immenses mérites historiques du fondateur de la France Libre n'implique pas automatiquement une adhésion aux orientations des diverses phases de l'homme politique qu'il fut jusqu'à sa disparition ; la même démarche intellectuelle vaut évidemment pour des Résistants moins prestigieux que l'homme du 18 juin, y compris pour ceux toujours parmi nous.
Pour ce qui était de la demande d'une prise de position sur la réintégration par la France du commandement intégré de l'OTAN, cela nous a incités à rechercher dans la collection du Journal de la Résistance ce que l'ANACR avait dit... lors de la sortie de ce commandement intégré décidée par le général de Gaulle.
Première constatation, les n° 722 de février-mars 1966 et 723 d'avril 1966 sont totalement muets sur le sujet il n'y a aucune déclaration de l'ANACR, ni même simple article ou mention.
Le n° 724 de mai 1966 du journal est particulièrement intéressant puisqu'il publie le Rapport du Bureau National au Congrès national de Toulouse, qui va se tenir dans cette ville les 27 et 28 mai 1966, deux mois après la décision de sortir du commandement intégré de l'OTAN.
On peut lire (page 6) dans ce rapport sur le sujet qui nous préoccupe : «...Considérant que le Congrès se déroulera pendant que des discussions diplomatiques et politiques se dérouleront sur les dispositifs qui partagent les Alliés de la 2ème Guerre mondiale et sur l'avenir de la Paix, le Bureau pense qu'une utile base de réflexion sera fournie par le texte dans lequel le Congrès de Paris en 1963, souhaitait..." que la France prenne toute initiative tendant au rapprochement entre les puissances de l'OTAN et celles du Pacte de Varsovie et à un désarmement général...
«Peut-être pourrions-nous déclarer que toute mesure préservant la France d'être engagée contre sa volonté dans un conflit rendrait plus efficace l'universalité de ses relations et, si elle s'alliait à des pourparlers sur le désarmement, contribuerait à ouvrir de telles perspectives...
«Peut-être» pourrions-nous voir dans cette dernière phrase, de manière très allusive et interrogative, une certaine prise en compte de l'événement qui nous préoccupe ? Peut-être...
Quant aux travaux du Congrès eux-mêmes, ils ne semblent pas s'y être attardés : aucune des 40 interventions de délégués publiées dans le Journal de la Résistance n° 725 de juin 1966 n'y est consacrée en tout ou partie. Et l'on peut simplement lire dans la Résolution du Congrès «PROBLEME ALLEMAND ET DEFENSE DE LA PAIX» que «...le Congrès souhaite que la France prenne des initiatives favorables à la détente internationale, la coexistence pacifique entre tous les pays, quel que soit leur régime social...»
Pour quelles raisons l'ANACR n'a-t-elle pas pris position sur la décision du Général de Gaulle de quitter le commandement intégré de l'OTAN, pour quelles raisons le Congrès ne la prend-elle pas en compte dans ses travaux et résolutions ?
La première tient sans nul doute à la spécificité de notre Association qui n'étant pas, hier comme aujourd'hui, un parti politique ou un syndicat, n'est en aucune façon tenue de s'exprimer sur tout événement politique ou social, national ou international, comme parfois nous sommes sollicités de le faire de manière comminatoire par tel ou tel camarade, voire tel ou tel comité local, voire même - heureusement bien plus rarement - par tel ou tel comité départemental.
Spécificité qui est, comme nous l'avons dit en ouverture de notre propos, centrée sur la transmission de la mémoire de la Résistance, la lutte contre le négationnisme, contre les résurgences du fascisme : bien assumer cette mission suffit amplement à notre peine, sans que nous ayons à nous disperser sur d'autres thèmes, qui ne nous sont certes pas étrangers mais qui ne sont pas l'essence de notre action ; d'autant plus qu'il existe d'autres associations - amies - dont c'est la spécificité : Mouvement de la paix, MRAP, LICRA, Ligue des Droits de l'Homme, Juristes démocrates, etc.
La seconde raison pour laquelle l'ANACR ne s'est pas exprimée en 1966 tient précisément à sa nature pluraliste, affirmée au premier congrès de Limoges en 1954 et qui la différenciait de l'Association des Anciens FTP-FFI, resserrée dans le contexte de la Guerre froide sur sa sensibilité communiste ; ce qui avait d'ailleurs drastiquement réduit ses effectifs et son audience.
Quand le général de Gaulle prend en mars 1966 la décision de quitter le commandement intégré de l'OTAN, celle-ci ne fait pas l'unanimité : l'UNR - ancêtre de l'UMP actuelle - l'approuve, par conviction ou fidélité à la personne du général de Gaulle, le Parti communiste aussi, en regrettant que le Général ne soit pas allé plus loin en quittant l'OTAN elle-même ; à l'inverse, les centristes du MRP sont contre ; de même que le Parti Socialiste (SFIO) ainsi que diverses personnalités tel François Mitterrand.
Or, l'ANACR en 1966 a, en son sein et à sa tête, des adhérents et des dirigeants de toutes ces sensibilités : ce qu'illustrent entre autres, membres de son Comité d'Honneur et de son Bureau national, des femmes et des hommes tels que Lucie Aubrac, Aragon, Emmanuel d'Astier, Paul Bastid, Maurice Druon, les généraux Allard, Le Gentilhomme ou Petit, l'amiral Moullec, Jacques Duclos, Pierre Villon, Jean Pierre-Bloch, l'Abbé Glasberg, Henri Roi-Tanguy, Léo Hamon, Charles Tillon, François Tanguy-Prigent, Jacques Debu-Bridel, Vercors, René Cerf- Ferrière...
Prendre en compte cette réalité pluraliste était donc tout à la fois une nécessité pour ne pas introduire de divisions au sein de l'ANACR, de plus sur un sujet n'étant pas de sa spécificité, et respecter la diversité des opinions de ses adhérents sur la question ; lesquels, quelle que soit cette diversité d'opinions sur cette initiative du Général de Gaulle, partageaient tous la même volonté de préserver la mémoire de la Résistance, de lutter contre le négationnisme et les résurgences du fascisme, volonté fondant leur appartenance commune à l'ANACR.
Et je livre à votre réflexion le titre de la présentation verbale du Rapport faite au nom du Bureau sortant par Charles Foumier-Bocquet à ce congrès de Toulouse, que publie aussi le n° 725 de juin 1966 du Journal de la Résistance : «L'ANACR : PAS UNE TENDANCE DE LA RESISTANCE, MAIS CE QU'IL Y A DE COMMUN A TOUTES LES TENDANCES».
Pierre Villon, qui lut le secrétaire général du Front National clandestin, le n°2 du CNR, le Président du COMAC, le principal rédacteur du Programme du CNR, député communiste après guerre et président de l'ANACR pendant 25 ans, écrivait en octobre 1956, à propos du pluralisme de l'ANACR et de la diversité d'opinion de ses adhérents : «Il faut discuter, faire des compromis même parfois se taire sur un problème qui risquerait de diviser l'organisation... Il n'est pas nécessaire que l'organisation des Résistants se préoccupe de la laïcité ou des problèmes sociaux.. S'il n'y a pas possibilité d'aboutir à une position commune garantissant le maintien de la cohésion de l'Association, il faut savoir y renoncer... ». Leçon à méditer, notamment pour le présent car, de plus, les Amis de la Résistance n'ont pas entre eux le puissant ciment qu'a constitué tout au long de l'histoire de l'ANACR pour les Résistants qui en étaient membres leur participation commune aux combats de la Résistance.
Tout ceci résume parfaitement ce que n'a cessé d'être notre Association depuis sa création : hier un lieu de rassemblement de toutes celles et ceux qui avaient été Résistants, aujourd'hui de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la Résistance, qui ont la volonté de passer la mémoire des combats de la Résistance, de les poursuivre contre les résurgences du fascisme.
L'on pourrait ainsi paraphraser Charles Foumier-Bocquet en disant aussi qu'aujourd'hui «l'ANACR n'est pas une tendance parmi les porteurs et passeurs de mémoire des valeurs de la Résistance, mais ce qu'il y a de commun à toutes les tendances».
Comme vous avez pu le constater - ne serait-ce que ces deux dernières semaines, nous sommes entrés dans une période de vie politique intense liée à l'élection présidentielle et aux législatives qui suivront.
A l'exception du 2ème tour de la présidentielle de 2002 où nous avons appelé à battre, à écraser le Pen, l'ANACR n'a évidemment jamais appeler à voter pour ou contre tel ou tel candidat républicain, et tout aussi évidemment nous ne le ferons pas non plus lors de la prochaine présidentielle ; pour autant, nous avons toujours dénoncé et nous dénoncerons les représentants de l'extrême-droite et leurs discours xénophobes, leurs apologies du régime pétainiste ou indulgences à son égard, comme ce lut le cas avant-hier de Tixier- Vignancourt, hier de Jean-Marie Le Pen, aujourd'hui de Marine Le Pen.
Comme lors de chaque élection, nous interpellerons à partir des orientations de l'ANACR tous les candidats de ce qu'on peut appeler l'arc républicain. Sur leur positionnement sur la Journée Nationale de la Résistance, sur le maintien de toutes les dates de mémoire et leur opposition ou non à une Journée unique de la mémoire, sur le Concours de la Résistance et la place de l'histoire dans l'enseignement, sur l'existence d'un ministère ou secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants...
Nos statuts de l'ANACR stipulent que le Bureau National est «seul habilité à formuler les prises de position de l'Association concernant les événements nationaux ou internationaux qui pourraient en nécessiter». Ce qui n'interdit évidemment pas à nos comités locaux ou départementaux - voire individuellement à des adhérents - de lui suggérer de le faire sur tel ou tel problème, sans que pour autant que cela implique qu'il en soit par là dans obligation, car c'est de sa responsabilité d'en apprécier la nécessité. Ainsi, dans sa session de janvier 2012, il examinera s'il est nécessaire, dans le respect strict de notre pluralisme quant à leur formulation, d'adjoindre l'autres questionnements à ceux que nous venons d'évoquer.
Et nous publierons les réponses de tous les candidats afin d'éclairer par leur contenu en premier lieu nos adhérents, sur leurs choix de votes qui - s'ils souhaitent se rendre aux urnes - seront - l'on peut en être sûrs, mais cela ne nous regarde pas - forts diversifiés, car l'ANACR est... pluraliste.